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Accueil - Gérardmer 2022 – Critique After Blue (Paradis Sale) : un western cosmique
Gérardmer 2022 - Critique After Blue (Paradis Sale) : un western cosmique
© UFO Distribution
Cinéma

Gérardmer 2022 – Critique After Blue (Paradis Sale) : un western cosmique

Gaëtan Jeanson Gaëtan Jeanson27 janvier 2022Aucun commentaireIl vous reste 5 minutes à lireUpdated:29 janvier 2022
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Bertrand Mandico est un réalisateur diplômé du CFT Gobelins. Après plusieurs films animés, il se consacre par la suite au cinéma live action. Artiste polymorphe (textes, photos, dessins, assemblages), le réalisateur ne tourne qu’exclusivement en pellicule. Son premier long-métrage, Les garçons sauvages, est récompensé plusieurs fois et remporte notamment le Mostra de Venise en 2017. Sa filmographie comporte également des films musicaux d’artistes électro (M83, ou encore Kompromat). Bertrand Mandico est un artiste prolifique, poétique et présent cette année au Festival International du film fantastique de Gérardmer. Son second long-métrage, After Blue (Paradis Sale), en hors-compétition.

After Blue (Paradis Sale) raconte donc l’histoire de Roxy (Paula Luna Breitenfelder), une adolescente solitaire vivant sur une planète sauvage – Mandico – dans un future lointain. Roxy délivre une jeune criminelle ensevelie sous les sables qui, à peine libérée, sème la mort. Tenues pour responsable, la jeune femme et sa mère, Zara (Elina Löwensohn) sont bannies de leur comminauté et condamnées à traquer la meurtière.

Une gestation organique

After Blue (Paradis Sale) est un scénario né dans l’esprit de Bertrand Mandico il y a environ dix-huit ans. Le projet – un western surréaliste, une quête initiatique – se fige. Fortement attaché à cette histoire, l’artiste fait renaître de ses cendres le film après son premier long-métrage, Les garçons sauvages. Dans After Blue (Paradis Sale), les terriens ont dû s’exiler suite à une catastrophe, rendant la terre malade et pourrie.

Le long-métrage est complètement en osmose du travail de son réalisateur. La direction artistique complètement déjantée et personnelle rend alors la pâte de l’artiste identifiable et surprenante. On découvre une image de pellicule organique, tant dans son procédé technique qu’artistique. Chez Bertrand Mandico, le cinéma est sensoriel et propose au spectateur des sculptures filmées.

© UFO Distribution

After Blue (Paradis Sale), c’est aussi un road-trip. Le réalisateur s’approprie le néo-western en transposant le genre dans sa vision plastique. Les déserts sont roses, bleus, verts… Le film développe un folklore tout entier, en jonchant son monde de créatures bizarres, poétiques, gluantes. Malgré la fantaisie et la féerie du film, la plasticité des décors et de l’univers rendent le tout crédible.

Le long-métrage est une œuvre artistique cinématographique à la limite du cinéma expérimental. C’est un voyage dans un autre monde. Bertrand Mandico et la protagoniste nous l’indiquent dès l’introduction du film. Il s’agit de fermer les yeux et de se laisser guider dans cet univers cosmique et poétique.

Fuir la réalité

Les garçons sauvages proposait une intrigue entièrement tournée en noir et blanc. La couleur n’intervient qu’aux travers de scènes fantasmées par les personnages. Dès lors, le cinéaste semblait proposer une véritable opposition sur deux procédés techniques et artistiques. Dans After Blue (Paradis Sale), Bertrand Mandico va à l’opposé de son précédent film et propose un rêve éveillé et coloré de deux heures sept.

On retrouve également un procédé de réenregistrement de certaines prises de voix. Il abandonne tous les procédés habituels de captation sonore et d’image, afin de créer une césure avec notre réalité. On découvre un monde musical, au travers de dialogues poétiques.

© UFO Distribution

Le travail de la couleur est perpétuel au travers de l’œuvre et fusionne complètement avec le travail de l’image. Les procédés de colorisation sont organiques, réalisés sur le plateau, à l’aide filtre de couleur, des décors, des éclairages, ou encore d’optiques décentrées.

Le montage permet également à Bertrand Mandico de proposer de nouvelles manières de raconter. Il abandonne les classiques champ contre-champ pour des surimpressions d’images et des fondus enchaînés. L’image associe plusieurs valeurs de cadre. A l’image d’un split-screen, on découvre un très gros plan entremêlé à un plan plus large. Le montage permet alors des associations d’images toujours plus poétiques, mélangeant également les contrastes des couleurs.

Un film politique

Malgré une véritable distance entre notre réalité et celle du film, le semble adresser plusieurs messages politiques et actuels. Tout d’abord, écologique. After Blue (Paradis Sale) nous parle d’une terre malade et pourrie à cause des terriens. Au-delà des notions environnementales, le cinéaste propose une nouvelle fois une histoire portée et racontée par des femmes. Elles endossent tous les rôles, invitant à la reflexion sur la place de la femme dans la société.

© UFO Distribution

Le cinéaste s’amuse également avec un folklore faisant appel à la mode. Les armes du futur prennent alors le noms de couturiers emblématiques, invitant peut-être là aussi à une réflexion sur des notions de capitalisme.

Paradis plastique

La filmographie et la vision du réalisateur possède une véritable cohérence. After Blue (Paradis Sale) est une œuvre d’une richesse infinie, sur sa plasticité et sa direction artistique. Bertrand Mandico s’affranchit des codes de narration, de découpage et de montage habituel au service d’un univers fantastique et féérique. Le film est donc complexe à aborder pour un public habitué à des codes plus classiques. Il s’agit alors littéralement d’écouter le film dès ses premières minutes et de s’abandonner aux bras de Bertrand Mandico, le temps d’un voyage poétique, cosmique et surprenant.

After Blue (Paradis Sale) sort le 14 Février au cinéma.

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