[Critique DVD] La loi du marché (qu’on ne peut plus arrêter)

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NDLR: Écrite à l’occasion du festival de Cannes 2015, cette critique reste toujours la même une seconde vision après. En complément, retrouvez le test technique et le test des bonus en bas de l’article.

Jusqu’à présent, la sélection officielle cannoise de cette année aura pour une part réuni des oeuvres alambiquées, construites sur un rapport déréalisé à notre monde et à notre inconscient collectif. La Loi du Marché en prend le contre-sens puisqu’il vogue dans une philosophie de cinéma social réaliste. On y suit Thierry, 51 ans, 20 mois de chômage et un quotidien étouffé par les interdits.

Stéphane Brizé, auteur d’oeuvres intimes de facture plus classique, ne bouleverse pas le moule esthétique bien établi du genre. On retrouve le même étirement d’instantanés et la même sensation de ne déboucher que sur un constat d’impuissance. Pourtant, son regard s’anoblit d’une compassion et d’une dignité sans égales qui déteint sur la carcasse fatiguée de Vincent Lindon.

L’acteur a beau ne plus rien avoir à prouver, son réalisateur fétiche le réinvente au travers de ce quidam épuisé par le poids d’une société absurdement figée. L’acteur se fond derrière les yeux attristés et la moustache hors du temps de Thierry et nous fait ressentir par sa seule écoute et son plus sincère ressenti la charge pesante d’une vie qui se délite. Un prix d’interprétation serait la moindre des choses. (NDLR: confirmé par le palmarès finale. Alléluia!)

La loi du marché est disponible le 7 Octobre 2015 en Blu-Ray, DVD & VOD.

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Avis

8.9 Bouleversant

Après avoir été soufflé lors de sa projection cannoise, on est heureux de voir le succès unique que le film a enregistré auprès du public. Un accueil bâti sur la longueur qu’on ne voit guère plus beaucoup aujourd’hui. On se réjouit pour l’équipe et pour notre rapport de spectateur, impatient de découvrir un traitement vidéo qui se devait d’être à la hauteur.

Fort heureusement, voilà ce qu’on pourrait qualifier, si le ton du film si prêtait, d’édition définitive. Sur un plan purement visuel, le transfert fait apparaître l’image telle que nous l’avions en mémoire, toute en caméra portée et en éclairages naturels. La partie sonore nous étonne en premier lieu : une piste 2.0 pour un film aussi récent ? La réponse qui nous vient nous fait remémorer la modestie technique avec laquelle le récit est abordé, loin de tout débordements et de surgissements pyrotechniques.

On ne cessera de lever trop chapeau lorsqu’un éditeur a la délicatesse d’imposer des sous-titres pour sourds et malentendants. Cette tendance fort heureusement aujourd’hui de mise se double ici d’une piste en audio-description, travail titanesque mais qui permettra à tout le monde de découvrir ce très bel objet de « cinéma-vérité ».

Abordons désormais la tranche interactive du DVD. L’entretien avec Stéphane Brizé (16’) est à l’image que l’on se fait du réalisateur : précise, sincère et concise. Comme une note d’intention, le cinéaste rappelle autant humainement que techniquement son envie si singulière et pourtant pertinente de plonger l’animal Lindon en territoire quotidien. Belle réponse aussi à la présence d’un enfant handicapé au sein du récit, à tort posé sur la table par quelques journalistes comme un outil manipulateur.

Mais La loi du marché c’est aussi un acteur, Vincent Lindon, qui porte sur ses épaules d’interprète majeure le poids désormais plus que mérité d’un prix cannois. On sait combien l’homme est quelqu’un de réservé, parfois si direct avec la presse qu’il peut s’en montrer blessant, et « son absence » des bonus n’est que la suite logique d’une personnalité qui refuse toutes concessions. Alors quoi, pas de Vincent Lindon sur ce DVD ? Si mais d’une manière biaisée, via son discours cannois (9’). Un grand moment de ce festival en demi-teinte où le mot bouleversant a pris une nouvelle couleur. Simple, intimidé et tellement lui-même, l’artiste a livré le plus beau « c’est le premier prix de ma carrière » qu’on ait vu de mémoire de cinéphile…

Débordant du simple cadre du film, un entretient revient avec la psychanalyste Claude Halmos sur l’aliénation de tout ce que le travail et le non-travail ramènent en chemin. Un extra intéressant bien que phagocyté par la volonté peu discrète de la psychanalyste de nous vendre son livre. Mais la pièce maitresse de cette édition se trouve sur la version vendue à la Fnac, rajoutant un commentaire audio signé Stéphane Brizé. Le module suffira à combler tous ceux qui voudraient en savoir plus sur cette triste mais digne Loi du marché.

  • Film 8.5
  • Image 8
  • Son 9
  • Bonus 10
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À propos de l'auteur

Emyr Phœnix

Shooté au cinéma depuis son plus jeune âge, c’est avec une insatiable curiosité qu’il guette le prochain rubis filmique susceptible d’être révélé. Même si ça ressemble à une aiguille dans une botte de foin.

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