[Critique DVD] Wake In Fright, cauchemar de l’humain

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1971. Le cinéma australien n’est plus qu’une étendue désertique lorsque Ted Kotcheff livre aux yeux du monde entier Wake In Fright et ouvre la voie à un renouveau artistique unique en son genre. En dépit de sa réputation, il aura fallu attendre plus de quarante ans avant que cet électrochoc soit redécouvert et réhabilité.

Le récit se penche sur John Grant, instituteur en route vers Sydney qui va voir son âme s’effilocher au contact des habitants de Bundanyabba. La lente sortie de piste de ce personnage mystérieux est scrutée au travers du regard perçant de son réalisateur. Ce dernier invite son spectateur à se faire le miroir de sa propre sauvagerie en regardant celle des autres sans aucun fard ni aucun filtre.

Il résulte de cette expérience une sensation d’horreur diffuse qui ne vous quittera plus, atteignant son apogée dans une chasse aux kangourous difficile à soutenir. Les quelques choix esthétiques parfois datés cohabitent avec une science proprement magistrale des cadres et du tempo. En pleine maitrise de son sujet, Ted Kotcheff livre en toute liberté ce qui se rapproche le plus du cri bestial et tordu dont seul l’Homme est le capable.

Wake in Fright est disponible en Blu-ray, DVD & VOD.

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Avis

7.9 Puissant

Coutumier des rééditions luxueuses de pépites disparues, Wild Side nous propose l’édition ultime de ce classique désormais reconnu. Pour le plaisir des yeux, Wake In Fright a subit après une haletante recherche une refonte intégrale de son image. Le résultat est à la fois spectaculaire et fidèle aux intentions d’origine marquées par des dominantes chaudes. En dehors de quelques plans très abimées, le transfert est admirable et rappelle combien le film est d’une modernité à toute épreuve.

Côté son, une piste DTS & mono en VO devrait satisfaire à la fois les puristes et ceux qui pensent qu’un bon DVD constitue d’abord une bonne démo.

Attaquons, pour finir, les bonus. Pour les plus motivés, un livret de 52 pages accompagne l’édition Blu-ray et offre un survol complet de l’historique du film et de sa restauration. Les bonus du DVD singent ce manuel au travers de deux modules dédiés à la renaissance de ce film disparu. Quoiqu’un peu courts, ils permettent de voir le soin apporté à l’œuvre de Ted Kotcheff et rappelle qu’il aurait été difficile de corriger davantage de pétouilles qu’ici.

Sur le film en lui-même, on appréciera la présence de documents d’archive, plongées fascinantes dans une époque où tout était à faire au sein de l’industrie cinématographique australienne. Un court module rappelle l’importance du film mais se révèle superflu, à l’instar d’une introduction par Nicolas Winding Refn qui nous assomme de dithyrambes.

Le vrai morceau de cette édition tient finalement en une interview avec Ted Kotcheff (22’). Le réalisateur nous captive par son talent à narrer les incroyables histoires du tournage, toutes plus édifiantes les unes que les autres. Un bonus immanquable pour une édition plutôt généreuse.

  • Film 8.5
  • Image 8
  • Son 8
  • Bonus 7
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À propos de l'auteur

Emyr Phœnix

Shooté au cinéma depuis son plus jeune âge, c’est avec une insatiable curiosité qu’il guette le prochain rubis filmique susceptible d’être révélé. Même si ça ressemble à une aiguille dans une botte de foin.

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