[Critique Blu-Ray] La Sentinelle, sainte-loi du DTV

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Retrouvez le test technique du blu-ray en bas de l’article.

Derrière ce qui ressemble à un nouvel écart typique de Nicolas Cage, La Sentinelle dissimule un scandale médiatisé. Poussé dans la geôle cinématographique des studios, Paul Schrader accouche à son insu d’un long-métrage quelque peu insipide où les questionnements thématiques sont évacués au profit d’une platitude façon « DTV de base ».

On peut tirer de ce projet boiteux une mise en place pourtant prometteuse et attachante. La justesse retrouvée du jeu d’acteur de Cage et les gimmicks subversifs qui surgissent çà et là laissent à penser que d’une refonte intégrale subsiste encore le parfum des (bonnes) intentions. La vendetta personnelle engagée par le protagoniste fait transparaitre un jeu de miroirs entre Occident et Orient, élément intéressant.

Las, voilà que renait des cendres d’une manipulation mal branlée un récit sans queue ni tête où le Cage cabotin refait tristement surface. Ni très cohérent ni clair dans son propos, La Sentinelle débouche progressivement sur un questionnement artistique : pourquoi avoir retouché un long-métrage aussi dénué de péripéties vendeuses alors que son réalisateur seul aurait pu l’élever au rang d’oeuvre ? On se le demande bien…

La Sentinelle est disponible en Blu-Ray, DVD & VOD.

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Avis

6.5 (Mauvais) cas à part

Dans une lettre passionnante écrite à Variety, le directeur de la photographie Gabriel Kosuth se lamentait de l’aseptisation numérique effectuée par les producteurs sur le long-métrage. Il expliquait avoir travaillé le matériau dans des couleurs extrêmement marquées, quasi-expérimentales, dans le but avoué de donner de la force et de l’ampleur au récit.

A la vision de cet excellent transfert technique signé une fois de plus Metropolitan, on ne peut paradoxalement que se lamenter de l’absence d’un tel parti-pris artistique. En lieu et place d’une réelle cinématographie, le blu-ray présente sous ses meilleurs auspices une image délavée et lisse où la colorimétrie se réduit à un blanc prononcé et quelques contours au noir. La partie sonore, armé de deux pistes en DTS-HD Master A udio (une bonne habitude de l’éditeur), propose un mixage clean quoiqu’un peu mal équilibré. Une fois de plus, la faute en incombe sans aucun doute à la source manipulée d’origine.

Pour une fois, voici qu'en raison de sa tumultueuse production nous scrutons avec une attention nouvelle des bonus pour le moins génériques. Comme attendu, le making-of (14') n'est qu'un étalage de grâces élogieuses où l'accent est davantage mis sur le jeu d'acteurs. Point de mot concernant le propos subversif du matériau et pas une phrase sur la tumultueuse post-production. Et pour cause: tous les interviewés sont pris à part en plein tournage, période heureuse si l'on en croit les déclarations des contestataires.

En revanche, les scènes coupées (22') constituent un bonus plus qu'intéressant. Tout d'abord parce qu'on découvre les yeux grands ouverts la colorimétrie brute du tournage vendue comme expressive par son directeur photo. Effectivement, les scènes sont illuminés de filtres de couleur très prononcés voir plongés en une désaturation proche du noir & blanc. Le résultat, plus prononcé artistiquement, n'en alourdit pas moins un propos déjà pesant. Deuxièmement, si le module propose parfois un contenu nouveau mais dispensable, ce bonus prend tout son intérêt lorsqu'il dévoile des compositions alternatives de séquences présentes dans le film. Étant donné la lenteur du montage et les valeurs de cadres très marquées, on peut penser qu'il s'agit là du travail initial de Paul Schrader. Et le film y gagne parfois grandement, en amenuisant l'exagération de Nicolas Cage par-là ou en rendant plus compréhensible la souffrance du protagoniste par-ci.

Reste enfin, comme à chaque titre Metropolitan, les bandes-annonces.

  • Film 4
  • Image 9
  • Son 8
  • Bonus 5
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À propos de l'auteur

Emyr Phœnix

Shooté au cinéma depuis son plus jeune âge, c’est avec une insatiable curiosité qu’il guette le prochain rubis filmique susceptible d’être révélé. Même si ça ressemble à une aiguille dans une botte de foin.

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