[Critique Blu-Ray] Bas les masques, où est le journalisme?

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NDLR: Retrouvez le test technique et le test des bonus en bas de la page.

Presque 60 ans avant notre ère du journalisme standardisé, Richard Brooks signait avec Bas Les Masques un témoin prophétique des chamboulements à venir. Le cinéaste témoignait avec une adresse épatante du souffle souffreteux de l’argent, capable de gangrener ce qu’il reste encore de déontologie civique.

Un rédacteur en chef incarné par un brillant Humphrey Bogart doit faire face à la vente prochaine de son journal et le scoop dangereusement politique qui lui tend les bras. Jamais pontifiant, Bas Les Masques dissimule au fil d’un rire doux-amer son désespoir d’une presse confite par le scandale qui tâche et l’intérêt personnel du « cash-money ». Son acuité est telle qu’on a vite fait de raisonner en retour sur nos temps modernes.

Pourtant, on pense aussi à l’indispensable 12 Hommes en Colère lorsque le courageux Bogart tient tête à toute forme de procès. Sa bravoure cinématographique donne lieu à de grands élans d’espoir civique en titane comme seul le cinéma de cette époque pouvait nous en offrir. Un brin naïf sans doute, mais pour une bien belle cause.

Bas Les Masques est disponible en Blu-Ray et DVD aux éditions Rimini.

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Avis

8.5 À a(voir)

On se méfie souvent des rééditions de titres moins connus à la bouteille bien mûre. Bien repensés sur la devanture, ils peuvent cacher nombre d’imperfections et font rager le cinéphile. Rien de tout cela ici, en tout cas sur l’image. Cette dernière est d’un immaculé époustouflant en face duquel nombre d’éditeurs devraient prendre exemple. Net, clair et pêchue, le transfert est un véritable orfèvre qu’on applaudit des deux mains.

La critique est plus complexe sur la partie sonore. Oublions tout d’abord la crachotante piste française au doublage vieux comme le monde, semblant parodier à chaque intonation la pensée des personnages. La piste stéréo anglaise fait des merveilles quant à sa clarté et son absence de bruit parasite, d’autant plus remarquable qu’il s’agit là d’une première sortie en vidéo. Toutefois, on constate un décalage régulier entre la piste et le mouvement des lèvres qui gêne pour les plus anglophones la vision. Vu le travail effectué, on imagine qu’il s’agit là d’un défaut inhérent au négatif original.

Côté bonus, bienvenue dans la caverne d’Ali-Baba. Grâce soit à rendu au travail effectué par l’éditeur Rimini pour imposer de longs reportages inédits pour un film plutôt méconnu du grand public. L’illustre Patrick Brion revient tout d’abord sur la carrière de Richard Brooks durant 38 minutes d’entretien. Passionnant, le bonhomme en connaît un rayon sur le cinéaste et remet en jeu son importance lors d’envolées critiques pas toujours très mesurées. Autant dire qu’on a tout à apprendre.

Ensuite, on trouve un docu pédagogique sur la carrière d’Humphrey Bogart (34 minutes) narré par Linda Tahir. La demoiselle a une jolie voix qu’elle a tendance à rendre étrangement érotique, fait un peu dérangeant au départ. Très vite pourtant, on revient avec plaisir sur une longue et admirable carrière, extraits et affiches à l’appui. Un bien intéressant quoique scolaire bonus.

Le dernier gros morceau de cette édition se penche sur « Les journalistes dans le cinéma américain » avec l’aide de Christophe Champciaux. Très scolaire également, l’homme a tendance à trop parler des films en eux-mêmes sans les mettre en relation, ce qui est plutôt dommageable. Pourtant, là aussi, la richesse des noms évoqués suffit à nous apprendre nombre de choses et à nous donner envie d’en savoir plus.

Il reste un court module d’une minute et une bande annonce d’époque. Soit une impressionnante section qui mérite bien l’achat de ce bon film tristement oublié.

  • Film 8
  • Image 9
  • Son 7
  • Bonus 10
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À propos de l'auteur

Emyr Phœnix

Shooté au cinéma depuis son plus jeune âge, c’est avec une insatiable curiosité qu’il guette le prochain rubis filmique susceptible d’être révélé. Même si ça ressemble à une aiguille dans une botte de foin.

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